MANIF DES BARBUES LORS DU VERNISSAGE DE "LA FORCE DE L'ART" AU GRAND PALAIS
Par xavier le samedi 25 avril 2009, 12:20 - Lien permanent
Les femmes du groupe d’action féministe La Barbe, connues pour leurs actions
contre le sexisme des milieux de la politique, de la finance et de l’industrie,
se sont "attaquées" pour la seconde fois au secteur artistique : "La Force
de l’Art", exposition phare de la décennie qui se tient actuellement au Grand
Palais, est entièrement conçue par des hommes, qui n’ont consacré qu’une place
insignifiante aux œuvres féminines.
Leurs barbes postiches bien en place, les activistes ont déroulé leur banderole
devant la ministre Christine Albanel à l’occasion du vernissage de l’exposition
puis félicité les organisateurs de cette 2ème édition de La Triennale de l’Art
Français, devant la presse et le gratin culturel parisien.
« Le Ministère de la Culture et de la Communication, le Centre National des
Arts Plastiques et la Réunion des Musées Nationaux ont judicieusement confié
l’organisation de l’exposition à une équipe composée exclusivement d’hommes.
Comment mieux assurer la reproduction, pardon !, la continuité et la pérennité
du grand Art, qu’en confiant cette mission difficile à une virile assemblée ! »
soulignait la porte-parole du groupe La Barbe lors de l'opération.
Les barbues se sont ensuite émues auprès de la Ministre et des
commissaires de l'exposition de la présence de 7 femmes parmi les 42 artistes
mis en avant.
« Le génie créatif est masculin, on ne le répétera jamais assez. Quant aux
femmes, chacun sait que c’est dans la maternité qu’elles réalisent leur
vocation , dans la décoration de nos intérieurs que s’exprime leur talent, et
dans le rôle délicieux de muses des grands hommes que leur génie s’épanouit.
Pourquoi bouleverser cette belle harmonie ? » a poursuivit la
porte-parole.
Acceptant volontiers la Barbe qui lui était tendue, Christine Albanel a déclaré
être « très sensible au sujet ». Renvoyant sèchement dans les cordes un de ses
conseillers qui dénigrait l'action des Barbues – elle s’exclamait "Oui, mais
c'est moi LA Ministre" devant la Caméra du groupe La Barbe.
Les femmes mises à mal !
A ce propos, voici quelques chiffres révélateurs
concernant la politique culturelle française face aux artistes femmes.
En 2004, sur les 1052 oeuvres achetées par l'Etat, 54 ont été réalisées par des
femmes, soit un pourcentage de 5%Dans les collections détenues par les FRAC en
2007, on trouve 79% d’artistes hommes . Mais si l’on compte le nombre d’oeuvres
de femmes il n’y en a que 11,5% (28 558 / 247 721 oeuvres). En d’autres termes,
lorsqu’un FRAC s’intéresse à un artiste homme, il lui achète en moyenne 14
oeuvres ; s’il s’intéresse à une artiste femme, il en achète moins de 7.
En 2000, dans les collections du Musée National d’Art Moderne (centre Georges
Pompidou), 83% des artistes sont des hommes (3 032 / 3 660), mais seulement
7,5% des oeuvres achetées ont été créées par des femmes. Cela signifie que le
musée achète le double d’oeuvres en moyenne à l’artiste lorsque il est un
homme. En outre, on peut voir exposées dans les salles des collections 5%
d’oeuvres de femmes, le même chiffre qu’avant la Révolution française aux
Salons de l’Académie.
Le marché de l'Art en Général
Artprice a produit avec la FIAC1 2008 Le rapport annuel sur l'art contemporain
2007-2008. Dans ce top 500 des ventes mondiales d’art contemporain du 1er
Juillet 2007 au 30 Juin 2008, sur les deux cent premières ventes, on compte 92%
d’oeuvres d’hommes. On y trouve une seule femme parmi les neuf artistes
français, à la 436ème place, qui est la photographe Bettina Rheims.
Publié une fois l’an dans la revue économique allemande Capital, le Kunst
Kompass se présente comme une échelle de notoriété des 100 meilleurs artistes
vivants qui oeuvrent sur la scène artistique internationale. Kunst Kompass
(pouvant être traduit par Boussole de l’art en Allemand), sert de référence aux
collectionneurs et investisseurs internationaux qui le consultent depuis 30
ans. Selon cet indicateur, aucune femme n'arrivait dans les 10 premiers
artistes en 1970. L’édition 2006 nous donne une femme à la
9ème place, une française à la 60ème place, et 80% d’hommes.
On comprend mieux dès lors les opérations pacifistes
mais néanmoins remarquées par les femmes du Groupe La Barbe qui comptent de
plus en plus de participantes et de sympathisantes, dans tous les milieux
sociaux et professionnels.